Canons à neige : appliquons le principe de précaution
Cette période de vacances de neige peut être l’occasion de réfléchir sur l’absurdité de certains de nos comportements face aux enjeux environnementaux.
Le développement sans limite des canons à neige en est l’un des exemples les plus criants. Plutôt que de lutter contre le réchauffement climatique, nous réinventons le froid. L’Homme se prend pour Dieu. Il se veut Créateur au risque d’accélérer le processus de dégradation.
Qu’en est-il ?
Le changement climatique est, chacun le reconnaît aujourd’hui, le défi écologique majeur de ce début de XXI° siècle. Or, alors que la prise de conscience du phénomène et des risques qui lui sont liés se concrétise dans l’opinion publique, nos comportements au quotidien continuent comme si de rien n’était. Ils sont confortés par la réglementation si tatillonne dans certains domaines et absente dans d’autres.
Loin du postulat de départ présentant les canons à neige comme un moyen efficace de pallier le manque de neige naturelle des stations de basse et moyenne altitudes, cette pratique se généralise. L’idée de faciliter le seul retour des skieurs au pied des pistes est bien dépassée !
Or les conséquences des canons à neige peuvent être extrêmement graves pour l’Homme et l’Environnement.
La neige de culture est obtenue par pulvérisation puis cristallisation de fines gouttelettes d’eau dans l’air froid ambiant. Mais pour produire de la neige à des températures au-dessus de 0°C et de plus en plus élevées, des additifs sont utilisés (cristaux d’argent, silices ou protéines bactériennes irradiées).
Les impacts sur l’environnement sont nombreux.
L’eau de plus en plus rare vient à manquer. L’alimentation des canons nécessite de grandes quantités d’eau. 4000 M3 d’eau sont consommés à l’hectare par les canons à neige alors que le maïs qui est l’une des cultures les plus consommatrices d’eau n’est qu’à 1700 M3 par hectare !!!
Des retenues artificielles qui stockent l’eau sont donc construites, défigurant et modifiant les paysages. Les questions de sécurité se posent avec acuité. En cas de rupture, de glissement ou d’éboulement faisant déborder ces retenues collinaires, les conséquences sur les villages en aval seraient dramatiques. Certaines retenues contiennent plus de 300.000 M3 d’eau.
Une commune de Haute-Savoie a vu une telle dégradation de la qualité de ses eaux que les prélèvements pour enneigement ont dû être stoppés. Dans une autre, un projet de retenue collinaire a été bloqué, il aurait privé d’eau les communes en aval.
Les risques pour la Santé ne sont pas évalués. L’utilisation d’additifs comme les cristaux d’argent ou les protéines bactériennes irradiées permet de produire de la neige à des températures plus élevées. De nombreuses stations françaises ont recours à ce système alors que de nombreux pays l’ont interdit ou réglementé. Le propre fabricant de la protéine bactérienne reconnaît que son produit constitue un milieu de culture favorable aux germes pathogènes.
La végétation est bouleversée. Fabriquée avec une eau chargée en nutriments, en matières organiques et en polluants (protéines bactériennes irradiées), la neige artificielle cause un déséquilibre dans la composition du sol et perturbe le développement d’espèces végétales typiques des milieux montagnards. Plus compacte que la neige naturelle, la neige artificielle fond moins vite et affecte l’agriculture pastorale (prairies plus tardives).
Ne poursuivons pas dans cette voie irresponsable. C’est pourquoi je propose au Premier Ministre d’une part de décider d’un moratoire en interdisant toute nouvelle installation de canon à neige et d’autre part de réunir d’urgence toutes les parties prenantes (Professionnels des filières économiques concernées, élus, scientifiques, responsables d’associations environnementales) pour établir un diagnostic partagé et envisager des mesures d’encadrement.
Le phénomène des canons à neige est frappant. Les leçons du passé, au premier rang desquelles celle de l’amiante, n’ont pas porté. Nous faisons les choses sans réfléchir aux conséquences. C’est par définition ce que nous ne devons plus faire, en particulier en matière d’environnement. Le principe de précaution doit strictement s’appliquer. Dans une société démocratique, cette manière d’occulter les vrais sujets n’est plus acceptable. Nous avons un devoir de transparence à l’égard de nos concitoyens.
Il est urgent de réfléchir au mode de fonctionnement de notre Société qui n’agit que dans l’urgence, l’urgence du court terme, et sous la contrainte. L’écologie peut être une des clés de l’organisation de la société de demain. Il nous faut passer d’une société d’excès à une société d’équilibre.
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